Le CERAM et l’ESC LILLE fusionnent ! (1/2)
C’est officiel : le CERAM et l’ESC Lille vont fusionner, et les effets de ce rapprochement vont commencer à se faire sentir dès la rentrée 2009 ! En effet, avant même la finalisation de ce qu’il faut bien appeler une fusion, les étudiants des deux écoles pourront bénéficier d’un éventail accru de spécialisations et d’accords d’échange, ainsi que de la possibilité de décrocher un double-diplôme Ecole de Commerce + Diplôme Universitaire (à l’université de Lille-2).
Ainsi que les dirigeants des deux écoles aiment à le rappeler, l’évènement est exceptionnel : à l’issue du rapprochement, la structure créée sera (sur le papier, tout du moins) à même de concurrencer les plus grandes universités et écoles européennes. Elle deviendra en effet la première école de commerce française par le nombre d’étudiants (5.600, dont 35% d’internationaux), la deuxième par le nombre d’enseignants (138, dont 40% de non-français), et la troisième en termes de budget (42 millions d’euros, les plans futurs prévoyant d’amener cette somme à 50 millions) En ce qui concerne son implantation, elle disposera de cinq campus : trois en France (Lille, Paris, et Sofia Antipolis à Nice), un au Maroc, et un en Chine – un sixième campus aux Etats-Unis devant s’ajouter à cette liste en 2010.
Que faut-il penser de cette fusion ? Quelle est sa vocation ? Quelles seront ses retombées ? L’entité créée sera-t-elle véritablement un nouveau leader dans le monde de l’éducation ? Ce sont les questions sur lesquelles je me propose de me pencher aujourd’hui avec vous, afin de réfléchir sur ce qui pourrait bien être la première d’une série de fusions modifiant radicalement le paysage de l’enseignement supérieur français.
Pourquoi un rapprochement ?
S’il fallait faire une analogie entre le monde de l’éducation et celui de l’entreprise (ainsi que le fait le vice-président d’IBM – France dans l’une des vidéos disponibles sur le site consacré à la nouvelle entité, http://www.oneworldoneeducation.com/, que je vous encourage vivement à visiter), elle nous mènerait vraisemblablement à comparer le CERAM et l’ESC Lille à deux grandes entreprises de tailles comparables : sans être leader sur leur marché, elles jouissent d’une renommée et d’une assise qui en font des acteurs reconnus et pérennes. Dès lors, lorsque deux entités de cette ordre souhaitent « se rapprocher » (ou, pour continuer sur l’analogie, fusionner), cela ne peut répondre qu’à un impératif stratégique de moyen et/ou de long terme : bien que riche d’opportunités, une fusion est toujours porteuse de risques, et il ne faut donc pas supposer que l’ESC Lille et le CERAM se sont mises en danger de façon gratuite.
En l’occurrence, heureusement pour nous, le travail de communication réalisé par les deux écoles sur le sujet de la fusion ne laisse que peu de place à la spéculation : l’objectif avancé officiellement est celui de « créer un nouveau modèle d’école s’enrichissant des forces des modèles français et anglo-saxons », pour reprendre les mots d’Alice Guilhon, actuelle directrice du groupe CERAM et future directrice générale de l’entité qui regroupera les deux écoles. Elle ajoute d’ailleurs, dans le cadre d’une conférence de presse tenue conjointement avec M. Jean-Pierre Raman, actuel directeur général du groupe ESC Lille, que ce nouveau modèle reposera sur un accent mis sur l’économie de la connaissance, sur la visibilité internationale, sur la complémentarité des parcours, et sur les enjeux de développement durable.
Gardons cependant à l’esprit que ces deux écoles sont aussi des entreprises, et qu’un objectif aussi noble que celui-ci doit nécessairement, afin de s’ancrer dans le concret, s’assortir d’objectifs en termes de performance et/ou de rentabilité. Là encore, pas de mystères : sous trois ans, la nouvelle école ambitionne de figurer parmi les cinq meilleures des classements français, et les quinze meilleures sur le plan européen.
A ceux qui voient dans cet objectif et dans la nouvelle structure de l’école une attaque directe contre l’EDHEC (actuelle cinquième des palmarès français et disposant de campus à Lille, Paris et Nice), M. Raman se borne à répondre que « le projet de la fusion n’est pas une offensive contre qui que ce soit, c’est au contraire un nouveau modèle de Busines School qui doit répondre aux besoins des entreprises et des étudiants ». Je peine un peu à y croire : si l’entité nouvelle veut entrer dans le top-5, elle devra forcément passer devant l’EDHEC. Dès lors, il serait surprenant que les cerveaux qui ont conçu la fusion n’y aient pas pensé et n’aient pas calibré leur offre pour être certains qu’elle soit à-même de concourir avec celle de leur principale concurrente.
Concrètement, comment cela va-t-il se passer ?
A l’heure où j’écris ces lignes, il est difficile d’avoir une vision d’ensemble très claire sur le déroulement de la fusion au cours des semestres à venir – en partie parce que les informations sur le sujet ne filtrent que très doucement, mais surtout du fait que les écoles elles-mêmes n’ont pas encore arrêté leur avis sur l’ensemble des détails. Néanmoins, les séances de questions-réponses et les différents communiqués permettent de dégager une série de certitudes :
> Les frais de scolarité demeurent pour l’instant inchangés pour les deux écoles, même si une harmonisation future est à prévoir
> Les élèves diplômés en 2009 se verront décerner le diplôme « classique » de leur école.
> Pour ceux qui seront diplômés à partir de 2010, diverses pistes de réflexion sont à l’étude (diplôme commun, diplôme d’une école assorti d’un certificat de l’entité nouvelle, etc.)
> Bien que les étudiants actuellement en M2 (au CERAM ou à l’ESC Lille) ne voient pas leur programme modifié, ils bénéficieront dès janvier prochain de « nouvelles opportunités » - dont on ignore pour l’instant la nature.
> Bien que les réflexions sur la fusion aient jusqu’à présent été tenues secrètes, elles vont dorénavant impliquer les élèves et leurs représentants afin qu’ils puissent prendre part aux débats.
> La fusion se fera sur la base de la parité : les contributions au budget seront identiques, de même que les poids des équipes au sein de la nouvelle structure et que la répartition du pouvoir décisionnel.
> Les étudiants qui intègrent l’une ou l’autre des écoles en 2009 auront dès la rentrée 2010 le choix du campus sur lequel ils souhaitent se rendre, parmi les 5 (ou 6) offerts par la nouvelle entité. Bien entendu, pour les campus situés hors du territoire français, il est vraisemblable que s’installe une certaine sélectivité quant aux étudiants envoyés.
> Tous les campus offriront à leurs étudiants des cours et des programmes portant sur l’ensemble de la gamme des matières d’une business school, mais au vu des spécificités régionales, chaque campus sera libre de proposer des programmes spécifiques se focalisant sur une matière ou une problématique donnée.

