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Campus de Stanford

En 2004, peut-être vous en souvenez-vous, sortait un livre qui allait beaucoup faire parler de lui : « Tu seras patron, mon fils », co-écrit par MM. O. Basso, P. Dornier, P. Mounier. Critique acerbe du système des écoles de commerce françaises, il l’opposait au succès des Business Schools américaines et dressait le constat de leur supériorité évidente : à en croire l’ouvrage, la France était définitivement dépassée dans la course à l’enseignement supérieur du commerce. Ce point de vue critique aurait suffi à lui seul à susciter une polémique, mais un second élément est venu renforcer son impact : les trois auteurs de ce livre étaient alors professeurs dans des écoles de commerce françaises – et pas n’importe lesquelles : HEC, l’ESSEC, et l’ESCP.

Cinq ans plus tard, un vent nouveau souffle dans l’opinion médiatique. A titre de preuve récente, je me bornerai à citer un article intitulé « Harvard : le blues de la Business School », rédigé par Sylvain Cipel et paru dans le Monde 2 du 3 juillet 2009 : son auteur, sans aller jusqu’à avancer l’obsolescence du modèle américain, en dresse une critique acerbe – rappelant notamment que la doctrine de la Harvard Business School en matière de finances (foi dans le marché, dématérialisation, limitation des contrôles, etc.) s’est vue lourdement critiquée et est aujourd’hui considérée comme l’une des causes de la crise. Il en conclut que le modèle américain des Business Schools traverse une crise qui doit l’amener vers une profonde remise en question.

Faut-il en conclure qu’en cinq ans, tout a basculé ? Bien évidemment, non. Même si les écoles de commerce française ont beaucoup évolué (ouverture croissante sur l’international, accentuation des relations avec les entreprises, promotion de la vie étudiante, etc.), les Business Schools américaines ont toujours beaucoup à nous apprendre. Si la crise doit susciter des changements et des remises en questions, elle ne doit pas pour autant amener à rejeter en bloc des institutions qui ont fait leurs preuves. A mon sens, les principaux enseignements que nous (c’est-à-dire, le système de l’enseignement supérieur du commerce en France) devons retenir des Business Schools américaines sont les trois suivants :

Miser sur les professeurs : si le personnel enseignant des écoles de commerce françaises est souvent de grande qualité, nombre des Business Schools américaines les plus prestigieuses peuvent se targuer de compter parmi leurs professeurs des prix nobels, des références mondiales, ou des penseurs de pointe. Lorsque la Harvard Business School, pour ne citer qu’elle, peut s’offrir le luxe de faire enseigner le marketing par Porter, il est incontestable que cela créée une plus value, difficile à combler de notre côté de l’Atlantique. Soulignons cependant sur ce plan les initiatives louables de l’Essec, qui a su mobiliser des professeurs reconnus et souvent récompensés par des prix (français ou internationaux), tels qu’Annick Bourguignon, Jérôme Barthélémy, ou que Joël Le Bon.

Accentuer la solidarité entre les anciens : là où le passage par une école de commerce en France peut générer une certaine sympathie et une dynamique de réseau relativement modérée, les étudiants américains ont tendance à considérer leurs « colleges » comme de véritables figures tutélaires, dont ils se sentent redevables et qu’ils n’hésitent pas à promouvoir et/ou à aider tout au long de leurs vies. Cela se traduit notamment par des donations conséquentes, par l’aide aux jeunes diplômés, et le cas échéant, par des contributions intellectuelles. A cet égard, il convient de signaler qu’HEC est très en avance sur ses concurrentes françaises, puisque les donations d’anciens élèves (souvent sollicités par la Fondation HEC) sont relativement fréquentes et parfois très considérables : ainsi, en 2007, l’école a reçu un don d’un ancien élève s’élevant à hauteur de 4 millions d’euros – après avoir reçu en 2003 un don, déjà considérable, d’un million d’euros de la part de Philippe Foriel-Destezet, fondateur d’Adecco.

Savoir prendre des risques sur le plan théorique : les Business Schools américaines n’ont pas dévié d’un iota leur doctrine en matière de finance et d’audit, même après des scandales tels que ceux de Barings, d’Enron, de Vivendi ou de Worldcom – qui, sans nécessairement révéler des tendances lourdes, montraient au moins de façon évidente des dysfonctionnements du système. L’avantage comparatif des écoles françaises sur ce plan réside peut-être dans leur marge de manœuvre : ancrées dans un contexte moins dogmatique, elles pourraient tout à fait se permettre de pousser la réflexion sur les alternatives, les modifications, ou les ajustements nécessaires aux théories financières contemporaines au lieu de se borner à les reprendre. Ce faisant, elles pourraient se distinguer de leurs concurrentes américaines, se forger une réelle expertise, et asseoir leur réputation sur le plan international (à condition, bien entendu, que cette réflexion soit constructive). Sur ce plan, de nombreuses écoles commencent à se démarquer, au nombre desquelles figure l’ESCP (qui propose notamment des cours de responsabilité sociale des entreprises, de « grands enjeux du développement durable », de « développement et coopération nord-sud », ou d’  « économie et culture », visant à sensibiliser les étudiants aux problématiques sociétales dépassant le strict cadre de la sphère économique).

Ces trois axes sont déjà pris en compte par les dirigeants actuels des plus grandes écoles de commerce françaises, à des degrés assez divers, aussi y a-t-il fort à parier que les décennies à venir vont être le cadre de changements d’envergure au sein de leurs enceintes.

Liens vers quelques business schools américaines :

Harvard : www.hbs.edu/ ; http://fr.wikipedia.org/wiki/Harvard_Business_School

Yale : www.mba.yale.edu/ ; http://en.wikipedia.org/wiki/Yale_school_of_management

Stanford : www.gsb.stanford.edu/ ; http://tinyurl.com/l4n3dh

Columbia : http://www4.gsb.columbia.edu/ ; http://tinyurl.com/2g98sb

Cornell : http://www.johnson.cornell.edu/ ; http://tinyurl.com/o94g2

Dartmouth : http://www.tuck.dartmouth.edu/ ; http://tinyurl.com/mt6zdh

Pennsylvania : http://www.wharton.upenn.edu/ ; http://tinyurl.com/2tuz9s

Kellogg : http://www.kellogg.northwestern.edu/ ; http://tinyurl.com/n8akcw


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