Droit : le match Universités - Grandes Ecoles.
Pour étudier le droit, est-on obligé de passer par l’université ? Ce fut longtemps le cas. Mais, depuis quelques années, la concurrence fait rage entre les établissements d’enseignement supérieur pour former des juristes. Et l’offre s’élargit toujours davantage.
D’abord parce que la filière universitaire est elle-même de plus en plus concurrentielle. « Les facultés de droit ont longtemps été considérées comme non concurrentes. On savait que c’était faux, mais on ne voulait pas s’avouer que toutes ne se valent pas », reconnaît Didier Truchet, auteur d’un rapport sur l’enseignement du droit en 2007 et professeur à l’université Paris-II- Assas (qui se proclame « première université de droit de France » sur son site Internet). Or, dit-il, « de plus en plus de gens savent que toutes les universités ne se valent pas. Elles-mêmes sont conscientes qu’elles sont en concurrence entre elles ». Et les outils que leur propose l’Etat (autonomie, plan licence…) donnent, et donneront de plus en plus, aux plus volontaristes l’occasion de faire valoir leur différence.
Dans le même temps, à côté des cinquante-cinq facultés de droit, Sciences Po Paris et quelques écoles de commerce s’installent sur ce terrain prometteur. « Depuis quelques années, précise Louis Vogel, président de Paris-II, ces établissements ont compris, compte tenu de l’importance prise par le droit dans la société, que les débouchés sont fantastiques et qu’il y avait un créneau à prendre. »
Certes, cette concurrence ne s’exerce pas partout. Les grandes écoles se battent pour attirer les meilleurs, non pour accueillir tous les étudiants de France souhaitant faire du droit. Elle laisse cette mission de service public aux universités. De même, elle se développe principalement sur le droit économique : la formation des avocats d’affaires ou des juristes d’entreprise de haut niveau, les autres débouchés restant encore largement l’apanage des universités.
PARTENARIAT
Précurseur comme toujours, Sciences Po Paris, développera, à partir de 2010, l’enseignement juridique dispensé dans le premier cycle, après avoir créé, il y a quelques années, deux masters juridiques qui avaient déclenché une belle polémique avec les universités. L’Institut d’études politiques n’est pas habilité à délivrer le diplôme national du master, mais un diplôme d’établissement qui porte le grade de master. Une subtilité byzantine qui permet à Sciences Po Paris de parler de ses « masters » sur son site Internet. Au demeurant, depuis 2007, ce diplôme suffit pour se présenter à l’examen d’entrée des écoles d’avocat.
D’autres écoles optent pour le partenariat. La filière stratégie fiscale et juridique internationale de HEC débouche sur un double diplôme avec Paris-I ou Paris-II. L’Essec agit de même.
« Cette concurrence est une bonne chose, estime Me Jean-Michel Darrois, auteur cette année d’un rapport sur les professions du droit. Ça secoue les facs. Et elles en ont besoin. » Car, selon l’avocat, la fac ne suffit pas à former des juristes. « Un étudiant qui sort de l’université a des connaissances théoriques sophistiquées, dit-il, mais il faut plusieurs années de stages avant d’être «utilisable» dans un cabinet. C’est différent avec les universités étrangères, où l’on apprend aux étudiants à raisonner sur un dossier. Et quand on se pose les bonnes questions sur un dossier, on trouve les bonnes réponses. »
Les universitaires sont d’un avis radicalement opposé. « La formation juridique suit une logique qui va du début de la licence à la fin du master, assure Denis Baranger, professeur à l’université Paris-II -Assas. Suivre ce parcours, c’est ça devenir juriste. Les autres établissements ne le prennent pas en compte. » D’où un avantage dont les universités espèrent bien tirer parti, tout en s’inspirant des méthodes des grandes écoles pour mettre en place des filières sélectives qui retiendront les meilleurs.

